

Julien Delli Fiori
Président d'honneur du Blackbird

Le don de sa discothèque : Trésor d’un pirate !
A la suite d'une belle rencontre, Julien Delli Fiori nous a fait un geste exceptionnel : le don de sa discothèque, ancienne discothèque de radio France. Une collection unique et riche, témoignant toute l’histoire du Jazz.
Nous avons entrepris de trier, organiser et cataloguer cette collection afin de la rendre, à terme, accessible aux jeunes et aux curieux.
Notre objectif est de permettre des emprunts, des écoutes guidées et des ateliers de découverte...
... ouvrant la porte à la richesse du jazz, entre grands classiques et surprises inattendues.
Une vie dédiée au jazz
Dans le monde de la musique on ne le présente plus…
Julien Delli Fiori, c’est 43 ans au service du Jazz !Pour l’essentiel à Radio France où il a été entre autres directeur de FIP et créateur des émissions de référence Jazz à Fip et Ascenseur pour le jazz.
MonsieurJazz
En 1985, Julien Delli Fiori arrive sur France Inter avec « Jazz à tous les étages », émission qu’il présente avec Clémentine Célarié.
De ses débuts comme programmateur à FIP à son rôle de « Monsieur Jazz » sur France Inter, il a fait résonner le jazz auprès du grand public, mêlant grands classiques et pépites méconnues, de la tradition des grands standards de jazz jusqu’aux couleurs vibrantes de la musique sud-américaine qui a envahi les ondes françaises

Et puis toutes ces années, Julien Delli Fiori trace son autre musique : le dessin.
Sur le papier, des lignes ondulent, se brisent, se rattrapent, libres mais mystérieusement ordonnées, comme une mélodie muette qui se lit à l’œil.
C’est enfin de compte le travail d’un grand artiste que nous honorons aujourd’hui en même temps que son œuvre graphique, poétique, saisissante de précision et de finesse, à l’imagination foisonnante désormais dévoilée.
Le 3 avril 2026, nous avons imaginé une soirée autour d'un dialogue rare : un piano face à un Fender Rhodes, portée par les pianistes Sylvain Leray et Edouard Ravelomanantsoa.
A cette occasion, nous avons rencontré Philippe Potier, passioné de longue date et fin connaisseur de cet instrument mythique.
Plus qu'un échange sur le son ou la technique, cette rencontre est devenue le portrait d'un homme qui parle du Rhodes comme d'une histoire vivante.
Philippe Potier
Gardien phare des Rhodes
Dans son atelier, "au milieu de nulle part", Philippe Potier reçoit les Fender Rhodes avec toutes une patience de luthier, une mémoire encyclopédique et une tendresse à peine dissimulée pour ces instuments qu'il chérit depuis plus de cinquante ans...
Tout a commencé en 1975 avec l'achat de son premier Rhodes neuf. "Cest ce que j'ai connu de plus enthousiasmant musicalement et je me souviens encore de la puissante et délicieuse odeur de vinyle du tolex après le déballage". confie-t-il simplement.
Il joue, cherche, expérimente sans prétendre au virtuose, mais quelque chose se noue, durablement.Une oreille, un geste, un son
Ce qui frappe chez Philippe c'est la précision de son regard. Rien ne lui échappe : une tine mal insérée, un micro légèrement décentré, la position strategique d'un tuning spring déterminant la hauteur d'une note. Son oreille est redourable, presque trop precise "J'entends tout de suite ce qui ne va pas ... cest presque un défaut "
Mais au-delà de la technique il y a chez lui une conviction profonde : le Rhodes ne donne rien sans engagement. Ici, pas de simulation, pas de raccourci le son nait directement du geste. Une frappe trop légère, et la note disparait. Une attaque trop dure, et elle se transforme. "Le pianiste fait le son du piano" Une phrase simple, mais qui résume tout
Derrière le technicien, il y a aussi l'historien. Depuis la rencontre entre Léo Fender et Harold Rhodes dans les années 1960, jusqu'aux dérives industrielles d'une marque qui finira par se vendre à Roland en1987.
« Pour CBS qui avait acquis Rhodes et Fender en 1965, ils n'en avaient plus rien à attendre, ça ne rapportait plus assez »
Philippe a tout suivi, tout documenté. Il sait que les marteaux en bois de la période Fender Rhodes (avant 1976) sonnent différemment de ceux en plastique, que la qualité de l'acier des tines a changé au fil des décennies, que les impuretés d'un métal peuvent paradoxalement enrichir le son. C'est contre-intuitif, il enconvient, mais c'est ainsi : "plus il y a d'impuretés dans l'acier, mieux ça sonne"Un instrument qui ne récompense pas que la technique
Parmi ses clients, moitié pianistes, moitie non-pianistes : des guitaristes, des percussionnistes, des joueurs d'instruments a vent, des compositeurs de musiques de film dont un venu de Paris qui, sans être un pianiste expérimenté, "est parvenu rapidement a apprivoiser
l'instrument comme ça, au feeling, en toute simplicité". Philippe aime raconter ça. Car le Rhodes ne récompense pas uniquement la technique - il demande autre chose : une écoute, une sensibilité, une manière de toucher le son. Si certains grands pianistes passent à côté d'une approche sensible, d'autres, sans complexes, trouvent facilement une relation plus musicale.
Depuis son atelier installé dans une longère du XVIle siècle quil a patiemment restaurée, Philippe a constitué au fil des années un réseau qui dépasse largement les frontières. Un agent en Californie, une page sur le site de référence américain consacré à l'histoire des Rhodes (fenderrhodes.com), des échanges réguliers avec des collectionneurs du monde entier et même une fidele amitié avec Carol, la fille d'Harold Rhodes. "Je n'aurais jamais imaginé ça en habitant loin de tout", dit-il, encore un peu étonné lui-même.
"La préservation de chaque piano est un enjeu important !"
Il y a dans sa démarche quelque chose qui tient de la conviction, du sacerdoce. "C'est ma vocation de sauvegarder ces pianos témoins d'un passé musical prestigieux ", lache-t-il. "Des instruments comme ça, il n'y en aura pas d'autres" Chaque Rhodes qui passe entre ses mains est une occasion de prolonger quelque chose d'irremplaçable — un son que le numérique imite sans jamais tout a fait restituer ce qu'on lui donne par le toucher sensible.
Philippe Potier est de ceux qui ont fait d'une passion une vie entière. Celle dun piano électromécanique, né dans la Californie des années soixante, et qui vibre encore, intacte, hors du temps, des modes et des conventions.
© Association Black Bird 2022



